2.1. L'ambition
Face aux évolutions constantes de nos sociétés, à l'impact des nouvelles technologies sur nos métiers, et à l'allongement de la durée des carrières, la formation professionnelle continue est un investissement nécessaire et incontournable au maintien de l'employabilité des salariés. Elle tient également un rôle essentiel pour accompagner les évolutions projetées des salariés, et favoriser ainsi « l'ascenseur social » au sein des entreprises de la branche.
La branche des industries électriques et gazières vérifie dans ce cadre que l'ensemble des entreprises permette à chaque salarié d'avoir un accès équitable à la formation professionnelle tout au long de sa carrière, afin de garantir le niveau de compétences attendu pour son poste actuel, mais également encourager et favoriser le développement de ses compétences pour répondre aux besoins de demain et lui permettre d'évoluer dans le cadre d'un parcours professionnel enrichissant.
2.2. Les objectifs
Par le présent accord, les signataires affichent leur volonté de permettre à chaque salarié de développer ses compétences et ses qualifications au regard de l'évolution des métiers et des transformations numériques et technologiques, en lien avec la construction d'un parcours professionnel épanouissant et adapté.
2.3. Les actions à déployer/renforcer
2.3.1. Accès à l'information/communication
Les signataires de l'accord s'engagent à favoriser l'accès de tous les salariés à la formation, notamment en les informant sur l'ensemble des dispositifs existants.
À cet égard, la commission paritaire nationale pour l'emploi et la formation professionnelle (CPNE-FP) des IEG mettra à jour les documents supports établis dans le cadre du précédent accord de branche (trame type et guides salarié et manager autour de l'entretien professionnel notamment) et établira des fiches pratiques sur chacun des dispositifs de professionnalisation. Ces documents, mis à jour lorsque nécessaire, seront accessibles à l'ensemble des salariés des IEG depuis le site internet du SGE des IEG et par ailleurs diffusés à l'ensemble des entreprises de la branche. Celles-ci seront responsables de leur diffusion auprès de leur ligne managériale et leurs salariés, afin notamment de permettre un égal accès à l'information en la matière.
Cet accès à l'information permettra à chaque salarié de pouvoir co-construire son parcours de développement de compétences, et à toutes les entreprises de la branche de disposer d'un niveau d'information identique.
2.3.2. Faire de la formation un levier d'évolution et de reconnaissance
Comme évoqué ci-dessus, les différents dispositifs en matière de formation ont vocation à être détaillés dans le cadre de fiches pédagogiques, produites par les signataires du présent accord et à destination des managers et des salariés. Aussi, ils sont uniquement listés ici sans recherche d'exhaustivité dans leur contenu.
Depuis la loi du 5 septembre 2018, le plan de formation s'est élargi en plan de développement des compétences, qui permet de prendre en compte et de valoriser différents éléments concourant au développement des compétences, comme les actions de formation (dont la définition s'est également élargie, pour prendre en compte les innovations pédagogiques, la digitalisation et la distancialisation, les formations en situation de travail, etc.), les bilans de compétences, les actions permettant de valider les acquis de l'expérience (VAE) et les actions de formation par apprentissage.
Dans ce cadre, les signataires partagent une volonté commune de promouvoir l'ensemble des dispositifs existants, afin de multiplier les voies d'apprentissage et de développement des compétences pour les salariés.
2.3.2.1. Entretien professionnel
Par cet accord, les signataires rappellent aux entreprises l'obligation de proposer un entretien professionnel à tous les salariés, ainsi que la réalisation d'un bilan à six ans.
L'entretien professionnel est l'occasion pour le manager de faire le point avec chaque salarié sur son projet et son évolution professionnels, sa professionnalisation et ses besoins en formation, dans l'emploi actuel ou en préparation d'un futur emploi. Il doit être consacré aux « perspectives d'évolution professionnelle du salarié en termes de qualification professionnelle et d'emploi », et a lieu a minima à la fréquence définie par la loi
(1)
. Cet entretien sera notamment l'occasion d'échanger autour des différents dispositifs de formation existants.
L'entretien professionnel ne porte pas sur l'évaluation du travail du salarié. Il est distinct des éventuels entretiens réguliers et formels, essentiels à l'exercice de l'activité professionnelle. Il peut néanmoins se dérouler à l'occasion d'une même rencontre, et être mené par un autre acteur que le manager (RH, conseiller en parcours professionnel…).
Par ailleurs, les signataires rappellent que les salariés au retour d'une absence longue doivent être reçus en entretien professionnel, notamment les salariés :
– au retour de congé maternité ;
– au retour de congé parental d'éducation ;
– au retour d'un congé de proche aidant ;
– au retour d'une période de mobilité professionnelle sécurisée ;
– au retour d'un congé d'adoption ;
– au retour d'un congé sabbatique ;
– au terme d'une période d'activité à temps partiel après un congé maternité ou adoption ;
– au retour d'un arrêt de travail pour longue maladie.
Les signataires rappellent par ailleurs que conformément à l'article L. 6315-1 du code du travail, les salariés titulaires d'un mandat syndical arrivant à échéance, seront reçus en entretien professionnel dans la perspective de leur réintégration.
(1) À la date de signature du présent accord, la fréquence minimale est de 2 ans.
2.3.2.2. Plan de développement des compétences
Depuis la loi du 5 septembre 2018, le plan de développement des compétences recense l'ensemble des actions de formation proposées par l'employeur ; il peut intégrer également les actions de bilan de compétences (BDC) et de validation des acquis de l'expérience (VAE).
La notion d'action de formation correspond à un parcours pédagogique permettant d'atteindre un objectif professionnel.
Lorsque le salarié projette une action de formation ou de certification, via la VAE ou la mobilisation de son CPF, et que celle-ci répond à un besoin avéré de l'entreprise, une contractualisation peut être mise en place, sur proposition du manager, afin d'intégrer cette action au plan de développement des compétences.
En outre, dans le cadre de cette contractualisation, les signataires rappellent que les modalités de reconnaissance de la certification ou du diplôme obtenu par cette action inscrite au plan de développement des compétences, pourront être également convenues.
Il est également possible de réaliser des actions de formations en situation de travail (AFEST), en plus des formations en présentiel ou en tout ou partie à distance.
2.3.2.3. Pro-A : reconversion ou promotion par alternance
Financé par l'opérateur de compétences, le dispositif de reconversion ou de promotion par alternance, « Pro-A », a pour objet de permettre aux salariés, via une formation certifiante en alternance, de changer de métier ou de profession, ou de bénéficier d'une promotion sociale ou professionnelle par des actions de formation ou par des actions permettant de faire valider les acquis de l'expérience.
Salariés concernés
Le dispositif Pro-A permet aux salariés, notamment ceux dont la qualification est insuffisante au regard de l'évolution des technologies ou de l'organisation du travail, de favoriser leur évolution ou promotion professionnelle via l'obtention d'une certification professionnelle acquise après une formation en alternance. Pour pouvoir accéder à ce dispositif, ces salariés ne doivent pas avoir atteint un niveau de qualification au moins équivalent à une certification professionnelle enregistrée au RNCP correspondant au grade de la licence (niveau 6).
Formations visées
• Un diplôme ou un titre à finalité professionnelle enregistré au RNCP.
• Un certificat de qualification professionnelle (CQP).
• Une qualification reconnue dans les classifications d'une convention collective nationale de branche.
La transition énergétique, la transformation numérique de nombreux processus et la révolution digitale impactent le contenu de beaucoup de métiers et nécessitent une adaptation rapide des compétences des salariés du secteur de l'énergie. Compte tenu de ce contexte, la liste des certifications professionnelles éligibles à la Pro-A (annexée au présent accord) fera l'objet d'un examen en CPNEFP et d'une publication auprès des entreprises de la branche tous les deux ans, à la lumière des études évoquées en 1.3. Celle-ci décidera de l'opportunité de l'actualiser.
Mise en œuvre du dispositif
Le contrat de travail du salarié fait l'objet d'un avenant qui précise la durée et l'objet de la Pro-A. L'avenant au contrat de travail est déposé auprès de l'OPCO 2i.
2.3.2.4. Validation des acquis de l'expérience (VAE)
La validation des acquis de l'expérience (VAE) est une démarche individuelle qui permet à tout salarié de transformer son expérience (compétences acquises dans le cadre d'une activité salariée, non salariée, bénévole ou de volontariat ou d'exercice de responsabilités syndicales, d'un mandat électoral local ou d'une fonction élective locale) en diplôme, titre professionnel ou certificat de qualification professionnelle (CQP), enregistrés au RNCP, sans nécessairement suivre une formation.
Elle permet de répondre à la fois aux intérêts et enjeux des salariés et des entreprises, en particulier en réduisant les temps et les coûts d'accès à la qualification.
En tout état de cause, la VAE est un outil de reconnaissance professionnelle, sociale et personnelle (acquisition d'un certificat, titre ou diplôme). Elle peut accompagner la gestion des mobilités, la sauvegarde des savoir-faire sensibles, etc.
La VAE peut être réalisée dans le cadre d'une démarche individuelle ou collective. Elle peut s'effectuer dans le cadre :
– du plan de développement des compétences de l'entreprise ;
– d'un dispositif piloté par les associations de transition professionnelle (ATPRO) ;
– d'un CPF.
Participation de salariés à des jurys de VAE : lorsqu'un salarié est désigné pour participer à un jury d'examen ou de validation des acquis de l'expérience, l'employeur lui accorde une autorisation d'absence rémunérée pour participer à ce jury, sous réserve de respecter un délai de prévenance d'un mois, et lui rembourse les frais de participation y afférant selon les règles en vigueur.
2.3.2.5. Le compte personnel de formation (CPF)
Tous les salariés de la branche des IEG à temps plein ou à temps partiel, en CDI ou en CDD, statutaires et non statutaires sans condition d'ancienneté disposent d'un compte CPF crédité en euros.
Les sommes inscrites sur le CPF demeurent acquises en cas de changement de situation professionnelle ou de perte d'emploi de son titulaire ; elles peuvent être utilisées durant toute la vie active du titulaire du compte.
Le CPF reste un droit individuel à la seule initiative du salarié. Néanmoins, dans le cadre d'un accord entre l'entreprise et le salarié, portant sur des formations intéressant l'entreprise, celles-ci peuvent abonder le CPF quand le coût est supérieur au montant des droits inscrits sur le compte ou supérieur au plafond légal d'alimentation. Cet abondement fera l'objet d'un accord formalisé entre le salarié et son employeur. De même, il est convenu que le suivi de ces formations puisse se faire sur le temps de travail, dès lors que les modalités auront été convenues dans cette même convention. Pour ces formations, la contribution forfaitaire de 100 €, instaurée par le décret n° 2024-394 du 29 avril 2024, sera prise en charge par l'entreprise.
2.3.2.6. Le projet de transition professionnelle
Le projet de transition professionnelle est une modalité particulière de mobilisation du CPF, permettant aux salariés souhaitant changer de métier ou de profession de financer des formations certifiantes en lien avec leur projet.
Si la formation est réalisée pendant le temps de travail, le salarié bénéficie d'une autorisation d'absence et d'un maintien de la rémunération suivant des modalités déterminées par le législateur. Pendant le temps de formation, le salarié est considéré en temps de travail effectif.
Il est aussi possible de réaliser la formation en dehors du temps de travail.
2.3.2.7. Bilan de compétences
Le bilan de compétences a pour objet de permettre aux salariés d'analyser leurs compétences professionnelles et personnelles ainsi que leurs aptitudes et leurs souhaits d'évolution. Il peut notamment s'avérer particulièrement utile en cas de reconversion du salarié.
Un bilan de compétences peut être réalisé à titre individuel en mobilisant notamment le CPF ou dans le cadre du plan de développement des compétences. Lorsque le bilan de compétences est mis en en œuvre avec l'employeur, il est réalisé sur temps de travail, dans le cadre du plan de développement des compétences.
2.3.2.8. Préparation opérationnelle à l'emploi (POEI/C)
Individuelle ou collective, la préparation opérationnelle à l'emploi (POE) permet à un demandeur d'emploi de bénéficier d'une formation nécessaire à l'acquisition des compétences requises pour occuper un emploi correspondant à une offre d'entreprise déposée auprès de France Travail (POE Individuelle) ou pour occuper un emploi correspondant à des besoins identifiés par la branche (POE collective), quand ses compétences ne sont pas immédiatement adaptées au poste.
Ce dispositif constitue ainsi un outil pour les entreprises de la branche permettant de réduire les difficultés de recrutement rencontrées sur certains métiers en touchant des publics différents (salariés en reconversion notamment). Ainsi, les signataires du présent accord conviennent que les emplois identifiés dans le cadre du dispositif de la Pro-A sont également ceux correspondants aux besoins identifiés dans le cadre de la POEC.
La préparation opérationnelle à l'emploi individuelle est financée par France Travail. L'OPCO 2i peut participer à son financement lorsqu'elle est mise en œuvre au profit des entreprises de moins de cinquante salariés, dans les conditions prévues à l'article L. 6332-17 du code du travail.
La préparation opérationnelle à l'emploi collective est financée par l'OPCO 2i dans le cadre des fonds qu'il reçoit du plan d'investissement dans les compétences (PIC).
2.3.3. Accompagner les salariés dans leur parcours professionnel
Les signataires de l'accord rappellent le rôle des entreprises auprès des salariés dans l'accompagnement de leur parcours professionnel.
À ce titre, les conseillers parcours professionnels notamment ont toute leur place.
Ces conseillers peuvent être présents au sein même des entreprises, ou à l'externe
(2)
. Dans ce cadre, le conseil en évolution professionnelle (CEP) est un service gratuit, personnalisé et confidentiel qui permet au salarié de faire le point sur sa situation professionnelle et d'être accompagné dans son souhait d'évolution ou de transition. Le recours aux services du CEP pourra, sous réserve de l'accord formalisé de l'entreprise, être réalisé pendant le temps de travail du salarié.
(2) Les coordonnées des CEP sont accessibles sur le site https://mon-cep.org/.
2.3.4. Attention portée à certains publics
Les signataires conviennent qu'au-delà de l'obligation légale de chaque entreprise de former tous ses salariés, la branche portera une attention particulière au taux d'accès à la formation de certains publics énumérés ci-dessous :
– les salariés en situation de handicap ;
– les femmes ;
– les salariés qui comptent au moins vingt ans d'activité professionnelle ou sont âgés d'au moins quarante-cinq ans ;
– les salariés disposant d'un faible niveau de qualification (inférieur ou égal au niveau 3) pour élever leur niveau de qualification ;
– les salariés n'ayant pas eu d'action de formation depuis au moins 4 ans au sein de leur entreprise ;
– les salariés exerçant un mandat syndical.
Une analyse consolidée sera produite et partagée au niveau de la branche. Dans cette perspective, un bilan annuel sera effectué et partagé en comité de suivi du présent accord, sur la base des indicateurs de suivi (cf. § 2.4)
2.3.5. Expérimentation de dispositifs innovants
2.3.5.1. Gestion des connaissances (« Knowledge Management ») et transmission des savoirs entre générations
Les signataires conviennent que la connaissance est constitutive du patrimoine immatériel des entreprises et donc de la branche. À ce titre, elle représente une valeur industrielle et un atout compétitif considérable qu'il est nécessaire de préserver et dont il faut assurer la transmission.
Dans cet esprit, le développement des compétences passe par un recours accru à toutes les formes d'apprentissage, incluant les dispositifs de « gestion des connaissances » communément appelé « Knowledge Management ».
Les signataires du présent accord encouragent ainsi les entreprises à mettre en place et à développer ce type de dispositif au sein des entreprises de la branche et les invitent à veiller particulièrement à la transmission des savoirs et au transfert de compétences entre générations.
2.3.5.2. Partage sur les dispositifs innovants en matière de professionnalisation (plateforme, ressources numériques diverses…)
Afin d'encourager l'utilisation d'outils modernes dans le champ du développement des compétences, les signataires de l'accord encouragent les entreprises de la branche des IEG à partager sur leurs initiatives dans ce domaine et plus particulièrement sur les dispositifs innovants en matière de professionnalisation (plateformes numériques, ressources numériques diverses, utilisation de l'IA dans le domaine de la formation, démarches de gestion des connaissances, …). Ces initiatives pourront être présentées et partagées lors d'un séminaire organisé par la CPNE-FP sur la période de l'accord.
2.3.6. Assurer les conditions d'accès à une formation de qualité
Les signataires s'accordent sur l'importance d'offrir des formations de qualité aux salariés, pour garantir un développement efficient de leurs compétences. Depuis la loi de 2018, la certification Qualiopi atteste de la qualité de ces formations
(3)
.
Dans cet esprit, la branche encourage les entreprises à tenir compte des évaluations des formations afin de s'assurer de la qualité des formations dispensées par les organismes externes de formation.
Pour les entreprises qui bénéficient d'organismes internes de formation (OIF), la certification Qualiopi est un gage de qualité, reconnu par l'externe, et permet notamment de s'assurer du bon niveau des formations dispensées, notamment par la mise en œuvre des évaluations, ainsi que de la compétence des formateurs qui interviennent dans celles-ci.
Dans ce cadre, les signataires de l'accord soulignent l'importance du métier de formateur interne, au sein des entreprises qui bénéficient de leur propre OIF. En effet, ces derniers sont des acteurs essentiels au développement des compétences au sein des entreprises de la branche ; l'attractivité des postes de formateurs constitue un enjeu important pour garantir la bonne couverture des besoins de formation. Ainsi, la branche, dans le cadre de ces actions avec l'OPCO 2i sur l'attractivité de ses métiers, s'engage à mettre en lumière celui de formateur.
(3) La certification Qualiopi est une accréditation de qualité accordée aux organismes de formation qui remplissent les conditions fixées par le ministère du travail, du plein emploi et de l'insertion. Elle permet d'attester de la qualité des formations dispensées à travers un référentiel national de qualité Qualiopi, qui comporte 7 critères répartis en 32 indicateurs (lien hypertexte vers document).
2.4. Indicateurs
Dans la perspective d'un suivi rigoureux, un bilan annuel sera effectué et partagé en comité de suivi du présent accord, sur la base des indicateurs suivants :
– taux d'accès à la formation des salariés, par genre ;
– taux d'accès à la formation des salariés en situation de handicap ;
– taux d'accès à la formation des salariés de 45 ans et plus ;
– taux d'accès à la formation des salariés de niveau de qualification inférieur ou égal au niveau III
(4)
;
– taux de salariés n'ayant pas eu d'action de formation depuis 4 ans ;
– nombre d'heures de formation par salarié formé ;
– nombre d'heures moyen de formation par salariés.
(4) Niveau III équivaut à CAP/BEP.